Le film signé Antoine Fuqua se distingue d’emblée par une ambition claire : ne pas se contenter d’ériger une statue, mais sculpter une présence humaine, vibrante et contradictoire. C’est dans cette tension que réside toute sa réussite.
La lumière y est pensée comme une matière narrative à part entière. Fuqua l’utilise avec une précision presque chirurgicale : éclatante lors des performances, elle sublime la silhouette iconique de Michael Jackson, mais se fait plus froide, presque crue, dès qu’il s’agit de dévoiler ses zones d’ombre. Cette dualité visuelle accompagne un portrait sans concession du mal-être de l’artiste.
Le film insiste sur ses failles, sur cette fragilité émotionnelle née d’une enfance sous pression. La relation avec son père, notamment, est traitée avec une justesse remarquable : ni simplifiée ni dramatisée à outrance, elle apparaît comme un mélange d’exigence destructrice et de moteur involontaire du génie. On comprend alors que la perfection artistique n’est pas née dans le confort, mais dans une tension permanente.
Sur le plan spectaculaire, le film impressionne par sa reconstitution de moments mythiques. La séquence du Motown 25, avec le premier moonwalk, est saisissante de précision et d’énergie, elle capte non seulement le geste, mais le basculement culturel qu’il représente.
De même, le Victory Tour est restitué avec une ampleur qui frôle le vertige, tant dans la mise en scène que dans la sensation de démesure collective. Le film ne s’arrête pas là : les coulisses du tournage des clips emblématiques dévoilent un Jackson perfectionniste, obsessionnel, presque habité, transformant chaque projet en œuvre totale.
La construction narrative adopte une progression chronologique efficace. L’enfance avec les Jackson 5 (1958-1975) est montrée comme une période fondatrice, à la fois formatrice et traumatique. Vient ensuite l’émancipation solo (1976-1988), traitée comme une conquête artistique et identitaire. Ce découpage donne au film une cohérence solide, tout en laissant entrevoir un horizon narratif encore plus vaste.
On ressort avec une attente presque naturelle d’un second opus qui explorerait l’apogée, les zones d’ombre de Neverland Ranch, et les démêlés judiciaires de la période 1989-2009, un pan indispensable pour compléter ce portrait.
Il est d’ailleurs essentiel de souligner que le film ne cherche jamais à être un simple concert filmé. C’est un choix de mise en scène assumé. Dans cette logique, le casting de Jaafar Jackson s’impose comme une évidence plutôt qu’un gimmick.
Il ne se contente pas d’imiter : il habite le rôle avec une intensité physique et émotionnelle impressionnante. Sa performance corporelle, notamment dans les séquences dansées, est d’une précision remarquable, tandis que l’utilisation de la voix originale de Michael Jackson maintient un lien authentique avec l’icône.
En conclusion, Fuqua livre un biopic de grande tenue. Une œuvre spectaculaire, certes, portée par de longs moments de concerts magnifiés, mais surtout un film habité par une vraie vision.
Grâce à l’engagement total de Jaafar Jackson dans les habits de son oncle, et à une mise en scène qui refuse la facilité, le film parvient à conjuguer ampleur et intimité. Il en résulte un portrait dense, où la légende ne fait jamais oublier l’homme et où chaque éclat de lumière révèle, en creux, une part d’ombre essentielle.
22 avril 2026 en salle | 2h 08min | Biopic, Drame, Musical De Antoine Fuqua | Avec Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long
