Presque cinquante ans après Rencontres du troisième type, Steven Spielberg revient vers les soucoupes volantes et la science-fiction, ce territoire qu’il a toujours abordé comme un espace d’espérance, d’émerveillement et de rencontre. Mais Disclosure Day ne cherche pas à retrouver l’élan lumineux de ce cinéma-là : il en propose le reflet inversé, son versant crépusculaire. Là où autrefois l’inconnu ouvrait une promesse, il devient ici un brouillard organisé.
Si tu découvrais que nous ne sommes pas seuls ? Si on te le montrait, te le prouvait, ça te ferait peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l’inévitable… Disclosure Day.
Le film conserve pourtant ce qui traverse toute l’œuvre de Spielberg : une confiance obstinée dans l’empathie comme force de compréhension du monde. Simplement, cette empathie ne s’adresse plus à l’ailleurs mais au présent. Disclosure Day imagine un monde presque identique au nôtre, où la frontière entre le vrai et le faux, les faits et leur mise en récit, n’est plus accidentellement floue mais méthodiquement entretenue par des organismes dont le pouvoir repose précisément sur cette confusion permanente.
Découvrir Disclosure Day au cinéma Pathé Levallois a donné au film une résonance particulière. Dans un cadre toujours plus agréable, confortable et immersif, l’expérience a accompagné la proposition de Spielberg sans jamais la détourner : l’obscurité de la salle, l’attention collective et l’ampleur des images renforçaient cette sensation d’être happé par un récit aussi captivant qu’inquiétant. Un de ces moments où le lieu et le film semblent avancer au même rythme pour rendre l’expérience plus forte encore.
À l’ère du numérique et de l’émergence de l’intelligence artificielle, Spielberg déplace alors la question extraterrestre vers une interrogation plus contemporaine : que reste-t-il d’une vérité lorsque l’information circule comme une matière infinie, indispensable mais aussitôt remplacée ? Dans cet univers saturé de signaux, de documents, de fuites et de contre-récits, discerner la diversion de la révélation devient une épreuve collective.
Dès l’ouverture, le réalisateur installe ce dispositif avec une maîtrise remarquable. Sa caméra ne se tourne pas vers le ciel mais vers les coulisses : centres de décision, relais médiatiques, mécanismes de surveillance, fabrication du récit.
La traque qu’il met en scène dépasse rapidement l’objet qu’elle prétend poursuivre ; elle devient une machine autonome, alimentée par la peur, l’attention et le besoin de spectacle. Pendant ce temps, le monde observe, participe parfois, et semble trouver dans cette agitation permanente une manière d’oublier la violence réelle qui continue de traverser les conflits internationaux.
Ce qui rend Disclosure Day particulièrement fort, c’est qu’il ne cède jamais au cynisme. Spielberg filme le doute sans condamner ceux qui cherchent encore à comprendre. Même dans sa noirceur, le film reste profondément humaniste : il suggère que le dernier territoire à protéger n’est peut-être pas la vérité absolue, mais notre capacité à regarder l’autre sans filtre imposé.
Avec Disclosure Day, Spielberg ne filme plus le moment où l’humanité lève les yeux vers l’inconnu ; il filme celui où elle tente de retrouver ce qu’elle est devenue au milieu du bruit. Et c’est peut-être sa science-fiction la plus contemporaine.
10 juin 2026 en salle | 2h 25min | Science Fiction, Thriller De Steven Spielberg | Par David Koepp Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth
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